Le 30 avril 1999, le colonel Azali Assoumani renverse le pouvoir intérimaire à Moroni. Il gouverne jusqu’en mai 2006, d’abord à la tête de la junte, puis comme président élu en 2002. Ahmed Abdallah Sambi lui succède pour cinq ans, puis Ikililou Dhoinine jusqu’en 2016. Cette année-là, Azali revient. Il est réélu en 2019 après la réforme constitutionnelle de 2018, puis en janvier 2024, lors d’un scrutin contesté par l’opposition.
Au total, plus de dix-sept ans au sommet de l’État. Ahmed Abdallah, président de 1978 à 1989, n’avait pas atteint une telle durée.
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Contactez-nousC’est ce chiffre que les discours officiels oublient. Quand le camp présidentiel énumère les routes goudronnées, le retour de l’électricité dans plusieurs régions ou de nouveaux bâtiments, il présente ces réalisations comme exceptionnelles. Or un président qui a disposé de trois fois plus de temps que ses prédécesseurs doit produire davantage. La question n’est donc pas de savoir s’il a construit, mais si ce qu’il a construit est à la hauteur de dix-sept ans de pouvoir.
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Moroni, robinets à sec
À Moroni, l’eau arrive tous les quinze à vingt jours, pendant une heure au plus, souvent en pleine nuit, racontent des habitants interrogés par Africanews en juillet 2026. La station de pompage date de la fin des années 1970. Le directeur technique de la SONEDE, Abdillah Mze Al, évoque des mesures d’urgence et des projets d’infrastructures qui prendront « environ quatre ans ».
Le problème dépasse la capitale. Selon l’enquête Afrobarometer menée en juin 2025 auprès de 1 200 adultes, 53 % des Comoriens ont manqué d’eau potable au moins quelques fois au cours de l’année écoulée.
Une pauvreté qui ne recule pas
Dans la même enquête, 75 % des Comoriens disent vivre une pauvreté modérée ou élevée, et 64 % jugent mauvaise la situation économique du pays. Le PIB par habitant tourne autour de 1 770 dollars. La croissance existe, +3,8 % en 2025 selon le Trésor français, mais elle ne se traduit pas dans les foyers. Les jeunes continuent de chercher leur avenir à Maore, à Marseille ou à La Réunion, parfois au prix d’une traversée en kwassa.
Qui paiera les routes ?
La dette publique reste contenue en apparence, à 33 % du PIB en 2025. Mais le FMI classe les Comores en risque élevé de surendettement. Une grande partie des chantiers est financée par des prêts extérieurs : ces routes, les Comoriens les rembourseront.
Des institutions remodelées
Le référendum de 2018 a supprimé la Cour constitutionnelle et allongé le cycle de la présidence tournante entre les îles. C’est cette réforme qui a permis à Azali Assoumani de se représenter. En janvier 2025, devant des militants à Mwali, il a déclaré qu’il placerait son fils, Nour El Fath, à la tête de l’État et du parti, avant de démentir toute intention dynastique. Nour El Fath coordonne déjà l’action gouvernementale.
Ce que répond le camp présidentiel
Les partisans du chef de l’État rappellent que son premier passage au pouvoir s’est déroulé en pleine crise séparatiste à Ndzuani, qui a absorbé l’énergie de l’État. Ils ajoutent que les infrastructures sont un préalable au développement et que leurs effets se mesurent sur le long terme. Ces arguments méritent d’être entendus. Ils n’expliquent pas pourquoi, après dix-sept ans, la capitale attend toujours l’eau courante.
Le mandat en cours s’achève en 2029. D’ici là, le bilan se jugera dans la vie quotidienne des Comoriens plus que sur les affiches.
Sources : Afrobarometer (octobre 2025), Africanews (juillet 2026), Direction générale du Trésor, FMI, Banque mondiale, Arise News et Citizen Digital (janvier 2025). Photo de une : Radosław Botev, CC BY 3.0 PL / Wikimedia Commons.
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