« Qui est le président qui a fait ce que le président Azali a fait dans ce pays en termes de réalisation ? Personne. Même Ali Soilihi qu’on a tendance à idéaliser n’a pas fait ce que le président Azali a fait. »
Saïd Hachim Abachia, sur Facebook
Le message tient en trois lignes. Saïd Hachim Abachia y demande quel président a fait autant qu’Azali Assoumani « en termes de réalisation », et répond lui-même : personne. Puis il cite le nom qui divise encore les Comoriens, celui d’Ali Soilihi Mtsashiwa, le Mongozi.
Venant d’un homme de droit, l’argument mérite d’être examiné. Or il met sur le même plan deux ans et demi et dix-sept ans de pouvoir. Avant de comparer, il faut compter.
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Deux ans et demi contre dix-sept ans
Ali Soilihi prend le pouvoir le 3 août 1975, moins d’un mois après l’indépendance. Il préside le pays de janvier 1976 au 13 mai 1978, jour où il est renversé. Il est tué le 29 mai suivant, à 41 ans. Moins de trois ans en tout.
Azali Assoumani entre à Beit-Salam par un putsch le 30 avril 1999. Il dirige le pays jusqu’en janvier 2002, est élu la même année et reste jusqu’en mai 2006. Il revient en 2016, fait modifier la Constitution en 2018, puis est réélu en 2019 et en janvier 2024.
De 1999 à aujourd’hui, 27 ans ont passé. Retirons les dix années de Sambi et d’Ikililou Dhoinine : il reste environ dix-sept ans de pouvoir. Près de sept fois la durée du régime révolutionnaire.
Ce qui reste des moudirias
Que reste-t-il des deux ans et demi d’Ali Soilihi ? D’abord les moudirias. Le régime découpe le pays en dizaines de circonscriptions, 55 selon la revue Masiwa, chacune pensée pour 3 000 à 6 000 habitants. État civil, justice, santé, éducation : tout devait se trouver à portée de marche des villages, de Mwali au Nyumakélé.
Beaucoup de ces bâtiments tiennent toujours debout. Plusieurs collèges publics et des écoles primaires occupent aujourd’hui d’anciennes moudirias. Cinquante ans plus tard, des générations d’élèves comoriens étudient encore dans des murs élevés sous la révolution.
L’emplacement des moudirias raconte le projet : rapprocher l’État des campagnes au lieu de tout concentrer à Moroni. Le régime avait aussi fait de l’autosuffisance alimentaire une priorité, en misant sur la production locale. Ses partisans retiennent l’image d’un dirigeant qui traquait le gaspillage, jusqu’à interdire le anda, jugé ruineux pour les familles.
Le bilan a aussi sa part d’ombre. Le régime révolutionnaire reste associé, dans la mémoire de nombreux Comoriens, aux excès des comités de jeunes révolutionnaires et à une rupture brutale avec les notables et les traditions. Il s’est achevé dans le sang.
Faire plus avec le temps donné
On ne pèse pas sur la même balance deux ans et demi d’un État qui venait de naître et dix-sept ans de pouvoir. Un enfant né à l’arrivée d’Azali Assoumani en 1999 a aujourd’hui 27 ans. La question n’est pas de savoir qui a le plus de réalisations à afficher, mais qui a fait le plus avec le temps dont il disposait.
Le mandat en cours d’Azali Assoumani court jusqu’en 2029. Son bilan se jugera sur dix-sept ans au moins. Pas sur deux et demi.
Sources : publication Facebook de Saïd Hachim Abachia (26 octobre 2026), revue Masiwa.
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