De l’histoire au journalisme
Avant les colonnes du journal, il y eut les salles de classe. Titulaire d’une maîtrise d’histoire, Mariata Moussa Said enseigne l’histoire-géographie dans le secondaire pendant trois ans. En 2004, elle encadre également les travaux dirigés des étudiants de première année d’histoire à l’Université des Comores.
De ce premier métier, elle garde un réflexe : vérifier, contextualiser, transmettre. Après un séjour aux États-Unis, elle choisit de rentrer au pays pour y travailler. Le pari n’a rien d’évident : la presse comorienne est petite, peu rémunératrice et exposée aux pressions politiques.
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Contactez-nousElle complète sa formation par un stage de presse à Paris, puis par des formations spécialisées : développement durable à Madagascar, changements climatiques en Éthiopie, formation de formateurs.
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Al-Watwan, l’école du terrain
En 2009, elle devient journaliste professionnelle à Al-Watwan, le quotidien public de référence aux Comores. Elle y prend en charge la chronique judiciaire, un terrain technique et sensible dans un petit pays où tout le monde se connaît.
Elle devient ensuite cheffe de la rubrique juridique, puis rédactrice en chef du journal. Son nom figure également sur la première liste des journalistes autorisés à recevoir la carte de presse professionnelle.
Le travail paie vite. En 2010, un an à peine après ses débuts, elle remporte la Plume d’or. Le prix récompense ses écrits et son enquête après l’assassinat du lieutenant-colonel Combo Ayouba, une affaire qui a secoué le pays. Pour une jeune journaliste, s’attaquer à un dossier aussi sensible relève du courage professionnel.
Diriger la rédaction d’un journal d’État n’est pas une position confortable. Elle connaît de l’intérieur la tension entre la mission d’informer et la proximité du pouvoir. C’est sans doute là que se forge sa conviction : un journaliste ne peut travailler que s’il est protégé par le droit.
Une femme debout dans une société conservatrice
Aux Comores, être femme et journaliste, c’est affronter deux pressions à la fois : celle du pouvoir et celle du regard social. L’actualité récente le rappelle. En 2021, à Mbeni, des femmes non mariées ont été placées sous tutelle par des notables locaux. En 2023, quatre journalistes ont été condamnés pour avoir relayé des allégations d’agressions sexuelles visant des consœurs de la télévision publique.
Mariata Moussa Said n’a pas contourné ces sujets. De 2010 à 2016, elle est la correspondante du Quotidien de la Réunion aux Comores. En 2011, elle couvre comme envoyée spéciale, à La Réunion, une rencontre régionale contre les violences faites aux femmes dans l’océan Indien, en insistant aussi sur la protection des enfants.
Sa force tient à une méthode plus qu’à des slogans : documenter, former, s’appuyer sur la loi. Elle dénonce une profession où beaucoup s’autocensurent par peur d’être interpellés ou détenus, et résume la situation d’une formule :
Un élan de liberté mis à mal.
Former la relève, réguler sans bâillonner
Son second combat est la formation. Elle fait ses premiers pas de formatrice aux côtés de Pierre Lechantre, ancien grand reporter français qui a enseigné quatorze ans à l’école publique de journalisme de Tours. En novembre 2018, à Moroni, tous deux animent une semaine de formation sur les faits divers pour sept journalistes d’Al-Watwan, de La Gazette des Comores, de Masiwa et d’Alfajr. Le formateur explique alors avoir associé une journaliste comorienne afin qu’elle prenne le relais sur place.
Depuis, elle forme les journalistes au droit et à la déontologie. De 2017 à 2020, elle enseigne comme vacataire à l’Université des Comores, en licence professionnelle « Journalisme et communication ». Elle a également été secrétaire générale du Centre national de formation des journalistes.
En 2021, elle prend la présidence de l’antenne comorienne de l’Action média francophone (AMF Comores), qui œuvre à la professionnalisation des acteurs des médias publics et privés. Elle coordonne aujourd’hui des projets de renforcement des capacités des journalistes pour l’ambassade de France et pour Canal France International (CFI). Avec CFI, elle pilote Voix Citoyennes Comores (VCC), un projet financé par l’Union européenne.
Depuis 2023, elle siège au Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (CNPA), seul régulateur des médias du pays. En 2026, lorsqu’un journaliste de La Gazette des Comores se voit interdire d’écrire, c’est elle qui porte la voix du CNPA. Elle rappelle que toute mesure visant un journaliste doit respecter la loi et la liberté de la presse.
Le village, la sororité et l’héritage
Loin des rédactions, Mariata Moussa Said reste une femme de son village, engagée dans la société civile locale. Elle préside l’Association des femmes comoriennes de la presse (AFCP), qui rassemble les femmes journalistes et distingue les confrères attentifs à l’image des femmes. Dans ce rôle, elle concilie deux fidélités : l’attachement à la culture comorienne et l’exigence d’émancipation.
Mariée et mère d’un garçon, elle cultive cet équilibre jusque dans ses loisirs. Elle pratique la broderie traditionnelle comorienne, un savoir-faire transmis de génération en génération, et elle danse le rock and roll. L’aiguille et la piste de danse : deux passions qui disent assez bien la femme, enracinée et libre à la fois.
Elle sait aussi reconnaître le talent des autres. En février 2026, à la disparition de Binti Mhadjou, ancienne présentatrice vedette de l’ORTC, elle salue au nom du CNPA une consœur qui « ressortait du lot ».
Son héritage tient en trois mots qu’elle applique depuis plus de quinze ans : rigueur, transmission, courage. Pour les jeunes Comoriennes qui entrent dans le métier, elle est la preuve qu’on peut tenir une plume libre sans renier d’où l’on vient.



